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Projet Agorá : Entrée en Phase de Test Janvier 2026

Projet Agorá : Entrée en Phase de Test Janvier 2026 — analyse et perspectives.

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Projet Agorá : Entrée en Phase de Test Janvier 2026

Mis à jour mars 2026

Le projet Agorá de la BRI entre en phase de test en janvier 2026 avec 7 banques centrales et 41 firmes privées dont BNP Paribas. Rapport final prévu S1 2026.

Le Projet Agorá : Registre Unifié Multi-Devises

Le projet Agorá, coordonné par la Banque des Règlements Internationaux (BRI), réunit 7 banques centrales et 41 firmes privées pour explorer le concept de registre unifié (unified ledger) multi-devises. Ce projet d’envergure mondiale vise à tester la faisabilité d’une infrastructure partagée permettant le règlement simultané de transactions transfrontalières en monnaie de banque centrale numérique, éliminant les frictions des systèmes de paiement internationaux actuels.

La Banque de France participe activement au projet Agorá, apportant son expertise acquise lors des 12 expérimentations de CBDC wholesale conduites depuis 2020 et le développement de la plateforme DL3S. Les autres banques centrales participantes incluent la Banque du Japon, la Banque de Corée, la Banque d’Angleterre, la Banque nationale suisse, la Reserve Bank of Australia et la Federal Reserve Bank of New York, couvrant un spectre large de devises et de systèmes financiers.

L’Architecture du Registre Unifié

Le concept de registre unifié, théorisé par la BRI dans son rapport économique annuel 2023, propose de regrouper sur une même infrastructure la monnaie de banque centrale tokenisée (wCBDC), la monnaie commerciale tokenisée (dépôts bancaires tokenisés) et les instruments financiers tokenisés (obligations, actions, parts de fonds). Cette architecture intégrée éliminerait le besoin de multiples systèmes de compensation et de règlement, réduisant les coûts et les délais des transactions financières.

Le projet Agorá teste spécifiquement la dimension multi-devises du registre unifié : comment permettre à une entreprise française de régler une transaction en euros avec une contrepartie japonaise en yens, en utilisant les wCBDC respectives de la Banque de France et de la Banque du Japon, le tout sur une infrastructure partagée qui garantit la finalité du règlement et la conformité réglementaire dans les deux juridictions.

Les Précédents Français : Jura et Mariana

Le projet Agorá s’inscrit dans la continuité de deux projets transfrontaliers auxquels la Banque de France a participé. Le projet Jura (2021) a démontré le règlement transfrontalier EUR/CHF en wCBDC entre la Banque de France et la Banque nationale suisse, avec la participation de Natixis. Le règlement a été effectué sur un registre distribué partagé, prouvant la faisabilité du concept de plateforme commune multi-devises.

Le projet Mariana (2023) a exploré l’intersection entre DeFi et CBDC, en collaboration avec la Banque nationale suisse et l’Autorité monétaire de Singapour. Ce projet a testé l’utilisation de protocoles de market-making automatisé (AMM) pour le change entre wCBDC, démontrant que les mécanismes de la finance décentralisée pouvaient être adaptés aux besoins des banques centrales pour le change de devises.

Le Rôle des 41 Firmes Privées

Les 41 firmes privées participant au projet Agorá comprennent des banques d’investissement, des gestionnaires d’actifs, des dépositaires centraux et des entreprises technologiques. Parmi les acteurs français ou ayant une présence française, BNP Paribas — qui a arrangé des obligations numériques de 100 millions d’euros et accompagné la première obligation souveraine numérique slovène — apporte son expertise en structuration de marché.

Le Crédit Agricole, via ses plateformes so|bond et so|cash testées lors des essais BCE 2024, et SG-FORGE, avec son expérience d’émission d’obligations tokenisées sur Ethereum, Tezos et Canton Network, contribuent à la dimension « instruments financiers tokenisés » du projet. Euroclear France apporte son expertise de dépositaire central.

Implications pour le Marché Français

Le projet Agorá pourrait transformer les flux financiers internationaux de la France. Le commerce extérieur français et les flux d’investissement transfrontaliers impliquent des volumes considérables de change et de règlement international. Un registre unifié multi-devises réduirait les coûts de ces opérations — actuellement estimés à plusieurs milliards d’euros par an en frais d’intermédiation, de change et de règlement.

Pour le marché obligataire français de 5 600 milliards d’euros, dont une part significative est détenue par des investisseurs étrangers, le projet Agorá faciliterait les transactions transfrontalières. L’AMF et l’ACPR suivent ces développements pour adapter leur cadre de supervision aux enjeux des règlements multi-devises sur registres distribués. L’ESMA coordonne la dimension européenne de ces travaux.

Perspectives et Phase de Test 2026

La phase de test du projet Agorá en 2026 constituera un moment décisif. Les résultats détermineront si le concept de registre unifié multi-devises est viable à l’échelle commerciale et quelles adaptations réglementaires sont nécessaires. Le déploiement de la wCBDC wholesale par la Banque de France (disponible d’ici fin 2026) et le projet Appia (European Shared Ledger) s’articuleront avec les conclusions du projet Agorá.

Le régime pilote DLT européen sera évalué par l’ESMA en 2026, et les résultats d’Agorá pourraient influencer les recommandations sur l’élargissement des seuils et l’évolution vers un régime permanent. La convergence entre le projet Agorá, la wCBDC européenne et le régime pilote DLT dessine les contours d’une infrastructure financière numérique intégrée qui pourrait redéfinir les marchés de capitaux mondiaux.


Pour approfondir, consultez nos articles sur la Banque de France, l’infrastructure CBDC et les marchés de capitaux tokenisés.

La Dimension Technologique

Le projet Agorá pose des défis technologiques considérables. L’interopérabilité entre les systèmes de paiement de différentes banques centrales — qui utilisent des architectures, des protocoles et des horaires d’exploitation distincts — nécessite des solutions de synchronisation et de communication sophistiquées. Le concept de programmabilité (smart contracts) doit être adapté aux exigences de finalité et de réversibilité des systèmes de paiement centraux.

La gestion du change entre wCBDC de devises différentes constitue un autre défi. Le projet Mariana avait exploré l’utilisation de protocoles de market-making automatisé (AMM) pour le change entre wCBDC, mais le passage à l’échelle de ces mécanismes dans un environnement de production soulève des questions de liquidité, de slippage et de manipulation de marché.

La sécurité est un enjeu critique : une infrastructure partagée entre 7 banques centrales et 41 firmes privées doit offrir des garanties de résistance aux cyberattaques, de confidentialité des données transactionnelles et de disponibilité continue. Les normes de l’ESMA et des banques centrales en matière de cybersécurité des infrastructures de marché s’appliquent pleinement.

L’Impact sur le Commerce International

Le commerce international de la France — exportations et importations de biens et services — s’élève à plus de 1 200 milliards d’euros par an. Les transactions commerciales impliquent des règlements en multiples devises (euro, dollar, yuan, livre sterling), chaque conversion entraînant des frais de change, des délais de règlement et des risques de contrepartie. Un registre unifié multi-devises, tel qu’envisagé par Agorá, réduirait ces frictions et améliorerait la compétitivité des entreprises françaises à l’export.

L’Agence France Trésor, qui gère la dette souveraine française détenue en partie par des investisseurs étrangers, bénéficierait également d’un règlement multi-devises facilité. L’écosystème fintech français (1 145 entreprises) et les institutions financières — BNP Paribas, SG-FORGE, Natixis — développent les solutions technologiques nécessaires pour opérer dans cet environnement multi-devises tokenisé. L’adoption des crypto-actifs (10 % de la population en 2024) familiarise le marché avec les mécanismes de change numérique.

Les Résultats Attendus

Les résultats attendus de la phase de test du projet Agorá en 2026 couvrent plusieurs dimensions. Sur le plan technique, les tests valideront la scalabilité du registre unifié pour des volumes institutionnels, la latence des transactions multi-devises, la robustesse de l’infrastructure face aux pics de charge, et les mécanismes de reprise en cas d’incident.

Sur le plan réglementaire, les tests identifieront les adaptations nécessaires aux cadres juridiques nationaux et internationaux pour supporter les transactions transfrontalières sur registres distribués. Les questions de droit applicable, de juridiction compétente et de reconnaissance mutuelle des transactions sont centrales pour le succès commercial du projet.

Sur le plan opérationnel, les tests évalueront les processus de gestion des participants, de résolution des litiges, de gestion des risques et de reporting aux autorités de supervision. La coordination entre 7 banques centrales et 41 firmes privées nécessite des processus de gouvernance sophistiqués qui seront mis à l’épreuve lors des tests.

Les résultats d’Agorá alimenteront les travaux de la BRI sur le concept de registre unifié et influenceront les décisions des banques centrales sur le déploiement de wCBDC dans les années à venir. Pour la France, ces résultats renforceront la position de la Banque de France comme l’une des banques centrales les plus avancées en matière de CBDC et d’innovation financière numérique.

La Signification Géopolitique

Le projet Agorá a une signification géopolitique majeure. La création d’un registre unifié multi-devises entre sept banques centrales reflète la volonté des grandes économies de moderniser le système monétaire international sans dépendre exclusivement du dollar américain. La participation de la Banque de France aux côtés de la Banque d’Angleterre, de la Banque du Japon et de la Federal Reserve Bank of New York témoigne de l’ambition française de peser dans la redéfinition de l’architecture monétaire mondiale. Le projet Agorá pourrait contribuer à la dédollarisation partielle des échanges internationaux en offrant des mécanismes de règlement multi-devises efficaces et peu coûteux, réduisant la dépendance aux systèmes de paiement centrés sur le dollar. Pour l’euro, dont la part dans les réserves de change mondiales reste inférieure à celle du dollar, Agorá offre une opportunité de renforcer le rôle international de la monnaie européenne. La position de la France dans ce projet, portée par l’expertise de la Banque de France en matière de CBDC, renforce l’influence française dans les forums internationaux de la finance numérique.

Calendrier Détaillé et Enseignements des Projets Précédents

DateÉtape
Avril 2024Lancement du projet
Mai 2024Appel à participation du secteur privé
Sept. 2025Passage de la conception au prototype
Janvier 2026Entrée en phase de test
Premier semestre 2026Publication du rapport final

Agorá s’appuie sur les enseignements du projet Jura (novembre 2021, règlement PvP EUR/CHF avec la BNS, Credit Suisse, Natixis et UBS sur Corda/SDX) et du projet Mariana (septembre 2023, AMM et bridges DeFi pour wCBDC avec la BNS et la MAS). La Banque de France apporte son expertise des 12 expérimentations de CBDC wholesale (mars 2020), de la plateforme DL3S testée par 40 entités de 9 juridictions, et des 19 essais Eurosystème 2024. L’architecture repose sur le concept de registre unifié multi-devises intégrant dépôts bancaires commerciaux tokenisés et monnaie de banque centrale wholesale tokenisée dans un réseau de réseaux interopérable. L’IIF (Institute of International Finance) coordonne les 41 firmes privées dont BNP Paribas.

Pour approfondir : Projet Agorá BRI | Projet Jura MNBC | Tableau CBDC

La Banque de France et le Registre Unifié : Une Ambition de Souveraineté Monétaire

La participation de la Banque de France au projet Agorá ne se limite pas à une contribution technique. Elle s’inscrit dans une stratégie de souveraineté monétaire européenne qui vise à garantir que l’euro conserve un rôle de premier plan dans le système de paiement international numérisé. La Banque de France représente l’Eurosystème dans le projet, un mandat qui reflète sa position de banque centrale la plus avancée en matière de CBDC wholesale parmi les 20 membres de la zone euro.

Le programme d’expérimentations wholesale lancé en mars 2020 a reçu 40 candidatures, dont 8 ont été sélectionnées, aboutissant à 12 expérimentations achevées avec succès. La plateforme propriétaire DL3S (Distributed Ledger for Securities Settlement System) a testé trois modèles distincts : l’interopérabilité entre systèmes DLT et infrastructures conventionnelles, la distribution de wCBDC via des intermédiaires, et l’intégration directe de la CBDC sur la plateforme DLT. Cette diversité d’approches offre au projet Agorá un socle de connaissances pratiques inégalé.

Les essais de l’Eurosystème 2024, conduits de mai à novembre 2024, ont constitué le point culminant de cette préparation. La solution DL3S de la Banque de France a été l’une des trois solutions testées, aux côtés de la Trigger Solution de la Deutsche Bundesbank et du TIPS Hash Link de la Banca d’Italia. Les 19 essais réalisés sur DL3S, impliquant 40 entités de 9 juridictions, ont validé le règlement en euro de transactions DLT pour des montants de 100 millions d’euros — un niveau de volume institutionnel qui démontre la maturité de l’infrastructure.

Les 41 Firmes Privées et la Coordination par l’IIF

L’Institute of International Finance (IIF) coordonne les 41 firmes privées participant au projet Agorá, assurant la liaison entre le secteur privé et les 7 banques centrales. Cette coordination est essentielle pour aligner les intérêts commerciaux des institutions financières avec les objectifs de politique publique des banques centrales. BNP Paribas, sélectionné parmi les 41 firmes, apporte une expertise reconnue en structuration de marché et en émission d’instruments financiers tokenisés.

L’engagement de BNP Paribas dans Agorá s’appuie sur son expérience concrète. La banque a arrangé une obligation numérique de 100 millions d’euros réglée en wCBDC expérimentale avec HSBC Continental Europe et NatWest Markets. Elle a accompagné la République de Slovénie pour la première obligation numérique souveraine de la zone euro. Sa plateforme AssetFoundry permet la tokenisation d’actifs sur blockchain publique et privée. BNP Paribas a également participé au tour de financement de 135 millions de dollars de Digital Asset, créateur du Canton Network qui héberge plus de 3 600 milliards de dollars d’actifs tokenisés.

L’Euro Numérique Wholesale et le Calendrier de Convergence

Le projet Agorá converge avec plusieurs échéances majeures pour l’écosystème financier européen. La wCBDC wholesale de la Banque de France sera disponible d’ici fin 2026, offrant un instrument de règlement permanent en monnaie de banque centrale pour les transactions sur actifs tokenisés. La transition des PSAN vers le statut CASP sous MiCA s’achève le 1er juillet 2026, avec plus de 100 prestataires concernés. L’ESMA procède à l’évaluation triennale du régime pilote DLT en 2026.

Cette convergence crée une fenêtre d’opportunité historique. Le rapport final du projet Agorá, attendu au premier semestre 2026, pourrait recommander l’adoption d’un registre unifié multi-devises qui s’articulerait avec la wCBDC européenne, le cadre CASP harmonisé et le régime pilote DLT élargi. Le marché obligataire français de 5 600 milliards d’euros, premier d’Europe, et les 2 602 milliards d’euros de dette négociable de l’Agence France Trésor constituent des cas d’usage naturels pour cette infrastructure de règlement transfrontalier. Les OAT vertes, dont l’encours dépasse 35 milliards d’euros avec des émissions record de 14,1 milliards d’euros en 2024, pourraient bénéficier d’un règlement multi-devises facilité pour les investisseurs étrangers.

L’euro numérique retail, en phase de préparation par la BCE avec une première émission potentielle en 2029, complètera le dispositif en offrant un instrument de paiement numérique pour les citoyens et les entreprises, estimé à un coût de développement de 1,3 milliard d’euros et un investissement bancaire de 4,0 à 5,8 milliards d’euros sur quatre ans.

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