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Blockchain Publique vs Privée pour la Tokenisation

Blockchain Publique vs Privée pour la Tokenisation — analyse comparative.

Blockchain Publique vs Privée pour la Tokenisation

Mis à jour mars 2026

Le choix entre blockchain publique et blockchain privée (ou permissionnée) est une décision stratégique fondamentale pour les institutions engagées dans la tokenisation. En France, les deux modèles coexistent : SG-FORGE opère simultanément sur Ethereum public et Canton Network privé, la Banque de France a développé la plateforme permissionnée DL3S, et CACEIS déploie des fonds UCITS sur Ethereum public. Cette analyse compare les deux architectures dans le contexte institutionnel français.

Tableau Comparatif

CritèreBlockchain PubliqueBlockchain Privée / Permissionnée
ExemplesEthereum, Solana, Tezos, XRP LedgerCanton Network, DL3S, Corda, Hyperledger
AccèsOuvert à tous, sans permissionRestreint, participants approuvés
DécentralisationÉlevée, milliers de noeudsLimitée, noeuds contrôlés
TransparenceToutes les transactions visibles publiquementVisibilité restreinte aux participants
ConfidentialitéLimitée (pseudonymique)Élevée, données compartimentées
PerformanceVariable (Ethereum ~30 TPS, L2 jusqu’à 4 000 TPS)Élevée (milliers de TPS)
Coût de transactionGas fees variablesPrévisible, souvent négligeable
Composabilité DeFiTotale (interaction avec protocoles DeFi)Aucune ou limitée
Résistance à la censureÉlevéeFaible (opérateur peut censurer)
ConformitéVia smart contracts (CAST Framework)Native, contrôle des participants
Acteurs françaisSG-FORGE (EURCV), CACEIS (UCITS), Morpho LabsSG-FORGE (Canton), BNP Paribas (Canton), BdF (DL3S)

Analyse Détaillée

Blockchains Publiques : Ouverture et Composabilité

Les blockchains publiques sont des réseaux ouverts et sans permission où quiconque peut participer en tant que validateur, développeur ou utilisateur. Ethereum, la principale blockchain publique pour la tokenisation institutionnelle, offre un écosystème de smart contracts mature, une communauté de développeurs de plusieurs centaines de milliers de personnes et une capitalisation d’actifs tokenisés de plusieurs milliards de dollars.

En France, SG-FORGE a fait le choix stratégique d’utiliser Ethereum public pour ses émissions les plus visibles. La première obligation tokenisée sur blockchain publique par une institution financière mondiale — un covered bond de 100 millions d’euros en avril 2019 — a été émise sur Ethereum. L’EURCV, premier EMT conforme MiCA, est déployé nativement sur Ethereum, avec des extensions sur Solana et XRP Ledger.

L’avantage décisif des blockchains publiques est la composabilité — la capacité des smart contracts à interagir entre eux de manière programmable. L’EURCV de SG-FORGE est utilisable dans les protocoles DeFi : il est disponible sur Morpho Labs pour le prêt et sur Uniswap pour l’échange. Cette composabilité permet à un stablecoin institutionnel de bénéficier de l’infrastructure de liquidité construite par l’écosystème DeFi.

CACEIS a expérimenté la tokenisation de fonds UCITS sur Ethereum public, démontrant que des fonds d’investissement régulés pouvaient être représentés sur une blockchain ouverte tout en respectant les exigences de conformité. Cette approche combine la transparence et la liquidité d’une blockchain publique avec les protections réglementaires des fonds UCITS.

Le CAST Framework développé par SG-FORGE illustre comment résoudre le défi de la conformité sur blockchain publique. Ce mécanisme intègre des règles de transfert AML/KYC directement dans les smart contracts, conditionnant les transactions au statut de conformité des portefeuilles. Les transferts vers des adresses non conformes sont bloqués au niveau du smart contract, sans compromettre la décentralisation de la blockchain sous-jacente.

Blockchains Privées : Confidentialité et Contrôle

Les blockchains privées (ou permissionnées) restreignent la participation aux entités autorisées. Les noeuds validateurs sont opérés par des organisations identifiées, et l’accès au réseau est contrôlé. Cette architecture offre des avantages significatifs en matière de confidentialité, de performance et de conformité.

Canton Network, développé par Digital Asset, est la principale blockchain privée utilisée par les institutions financières françaises. SG-FORGE utilise Canton pour les transactions nécessitant une confidentialité élevée — les détails des transactions ne sont visibles que par les parties impliquées. BNP Paribas participe au Canton Network qui agrège plus de 3 600 milliards de dollars d’actifs. Canton utilise le protocole Daml (Digital Asset Modeling Language) pour les smart contracts, offrant des garanties de confidentialité natives.

La plateforme DL3S de la Banque de France est une DLT permissionnée développée spécifiquement pour le règlement en CBDC wholesale. DL3S a été utilisée dans 12 expérimentations entre 2020 et 2024, couvrant le règlement d’obligations tokenisées, les paiements transfrontaliers et l’interopérabilité. Contrairement à une blockchain publique, DL3S est opérée par la Banque de France avec des participants autorisés, garantissant le contrôle souverain sur l’infrastructure monétaire.

Corda (R3), Hyperledger Fabric et d’autres DLT permissionnées sont également utilisées dans le secteur financier français. Ces plateformes offrent des performances élevées (milliers de transactions par seconde), une confidentialité native et une gouvernance contrôlée, adaptées aux exigences des infrastructures de marché.

Le Modèle Hybride : Dominant chez les Institutions Françaises

La tendance dominante chez les institutions françaises est le modèle hybride, combinant blockchain publique et privée selon les cas d’usage. SG-FORGE illustre parfaitement cette approche : Ethereum public pour l’EURCV et les émissions obligataires visant la composabilité DeFi, Canton Network pour les transactions institutionnelles nécessitant la confidentialité.

Ce modèle hybride reflète une réalité : les blockchains publiques et privées ne sont pas substituables. La blockchain publique excelle dans la transparence, la composabilité et l’accès universel — des qualités essentielles pour les stablecoins et les marchés secondaires ouverts. La blockchain privée excelle dans la confidentialité, la performance et le contrôle — des exigences incontournables pour le règlement interbancaire et les transactions de gré à gré.

L’interopérabilité entre blockchains publiques et privées est un enjeu technique majeur. Les expérimentations de la Banque de France avec DL3S ont exploré le pont entre les DLT permissionnées (pour le règlement en CBDC) et les blockchains publiques (où sont émis les actifs tokenisés). La résolution de ce défi technique est essentielle pour le déploiement à grande échelle de la tokenisation institutionnelle.

Implications

Pour la Réglementation

Le choix de la blockchain a des implications réglementaires directes. Sur une blockchain publique, l’identification des participants nécessite des solutions spécifiques (CAST Framework, KYC on-chain). Sur une blockchain privée, l’identification est native mais la gouvernance du réseau soulève des questions de concentration. L’AMF et l’ACPR doivent adapter leur supervision aux deux architectures.

Pour la Souveraineté

La dépendance à des blockchains publiques (Ethereum est principalement développé et opéré par des entités non européennes) soulève des questions de souveraineté numérique. La plateforme DL3S de la Banque de France répond à cette préoccupation pour l’infrastructure monétaire. Pour les actifs tokenisés, le débat entre souveraineté et composabilité reste ouvert.

Pour les Investisseurs

Les investisseurs doivent comprendre l’infrastructure sous-jacente de leurs actifs tokenisés. Un token émis sur Ethereum public offre une transparence et une vérifiabilité supérieures. Un token émis sur une blockchain privée offre une confidentialité et une performance supérieures. Le modèle hybride permet d’optimiser selon les besoins.

Conclusion

Le débat blockchain publique vs privée n’est pas binaire pour les institutions françaises. Le modèle hybride, combinant la transparence et la composabilité des blockchains publiques avec la confidentialité et le contrôle des blockchains privées, s’impose comme l’architecture dominante. SG-FORGE sur Ethereum et Canton, BNP Paribas sur Canton, la Banque de France avec DL3S et CACEIS sur Ethereum illustrent cette diversité d’approches.

L’enjeu pour l’écosystème français est désormais l’interopérabilité : la capacité à transférer des actifs et à régler des transactions entre blockchains publiques et privées, avec ou sans monnaie de banque centrale. Les travaux de la Banque de France sur DL3S et les projets Agorá et Jura contribuent à résoudre ce défi, qui déterminera l’architecture de la finance tokenisée de demain.


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