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France vs Royaume-Uni : Post-Brexit et Tokenisation

France vs Royaume-Uni : Post-Brexit et Tokenisation — analyse comparative.

France vs Royaume-Uni : Post-Brexit et Tokenisation

Mis à jour mars 2026

Le Brexit a redéfini la compétition entre Paris et Londres pour la suprématie en finance numérique. La France, intégrée au marché unique européen et au cadre harmonisé MiCA, et le Royaume-Uni, libre de définir sa propre réglementation crypto via la FCA, empruntent des voies distinctes pour développer leurs écosystèmes de tokenisation. Cette analyse compare les deux approches en mars 2026.

Tableau Comparatif

CritèreFranceRoyaume-Uni
Cadre réglementaireMiCA (harmonisé UE), Loi PACTE, PSAN/CASPFinancial Services and Markets Act 2023, FCA
Autorité de supervisionAMF et ACPRFinancial Conduct Authority (FCA)
Passeport réglementairePasseport européen 27 ÉtatsAucun passeport (post-Brexit)
Statut cryptoPSAN (transition CASP MiCA juillet 2026)Enregistrement FCA obligatoire
Nombre d’acteurs enregistrés100+ PSAN, 6 CASP MiCA~50 entreprises enregistrées FCA
Marché obligataire5 600 milliards EUR5 300 milliards GBP
Institutions engagéesSG-FORGE, BNP Paribas, Crédit Agricole, Banque de FranceHSBC, Barclays, Bank of England
Stablecoin majeurEURCV (SG-FORGE, 452M USD)Pas de stablecoin GBP majeur
CBDC12 expérimentations wholesale, DL3S, Jura, Mariana, AgoráProjet « Britcoin » retail (en étude)
Sandbox réglementaireRégime pilote DLT (UE)FCA Regulatory Sandbox, Digital Securities Sandbox
Événements majeursParis Blockchain Week (10 000+ participants)Token2049 London, London Blockchain Conference

Analyse Détaillée

L’Approche Française : Intégration Européenne et Rigueur Réglementaire

La France a adopté une stratégie d’anticipation réglementaire. La Loi PACTE de mai 2019 a créé le statut de PSAN, faisant de la France l’un des premiers pays au monde à disposer d’un cadre légal dédié aux actifs numériques. Ce cadre a partiellement inspiré le règlement européen MiCA, adopté en juin 2023 et pleinement applicable depuis le 30 décembre 2024.

L’avantage structurel de la France réside dans le passeport européen. Un CASP agréé par l’AMF peut fournir ses services dans les 27 États membres de l’UE sans agrément supplémentaire. Ce marché unique de 450 millions de citoyens offre une échelle considérable aux acteurs français. SG-FORGE, premier PSAN agréé le 18 juillet 2023, peut ainsi déployer ses services d’émission de stablecoins et d’obligations tokenisées dans toute l’Union.

La profondeur institutionnelle de la place de Paris est un autre atout majeur. SG-FORGE a émis la première obligation tokenisée sur blockchain publique par une institution financière mondiale en 2019. BNP Paribas développe AssetFoundry et participe au projet Agorá de la BRI. Crédit Agricole a lancé so|bond et so|cash, tandis que CACEIS a obtenu son agrément MiCA en juin 2025 pour la conservation crypto. La Banque de France a conduit 12 expérimentations de CBDC wholesale avec la plateforme DL3S.

L’AMF applique une politique de sanctions ferme pour protéger les investisseurs. En 2024, l’AMF a prononcé des sanctions record de 29,4 millions d’euros et fermé 181 sites frauduleux, avec des pertes moyennes de 30 000 EUR par victime. Cette rigueur contribue à la crédibilité de la place de Paris auprès des investisseurs institutionnels internationaux.

L’Approche Britannique : Flexibilité Post-Brexit et Innovation

Le Royaume-Uni a adopté une approche plus pragmatique et modulaire. Le Financial Services and Markets Act 2023 a donné à la FCA et au Trésor les pouvoirs nécessaires pour réglementer les crypto-actifs, mais la mise en oeuvre a été progressive et sélective. La FCA a d’abord imposé un enregistrement obligatoire pour les activités anti-blanchiment liées aux crypto-actifs, avant d’étendre progressivement le périmètre réglementaire.

L’avantage du Royaume-Uni réside dans sa flexibilité post-Brexit. N’étant plus lié par les processus législatifs européens, le gouvernement britannique peut adapter rapidement sa réglementation aux évolutions du marché. Le Digital Securities Sandbox, lancé en 2024, permet aux entreprises d’expérimenter l’émission et la négociation de titres numériques dans un cadre allégé, avec des exemptions temporaires aux exigences du Companies Act et du Financial Services and Markets Act.

L’écosystème fintech londonien reste le plus dynamique d’Europe, avec un accès privilégié aux capitaux de venture capital et une concentration unique de talents. Le London Stock Exchange Group a développé des initiatives numériques, et plusieurs banques internationales basées à Londres — HSBC, Standard Chartered, Barclays — ont lancé des projets de tokenisation. HSBC Orion a émis des obligations numériques et déployé une plateforme de conservation d’or tokenisé.

Cependant, l’absence de passeport réglementaire constitue un handicap significatif. Chaque marché européen nécessite un agrément distinct, augmentant les coûts d’expansion. Plusieurs entreprises crypto ont déjà relocalisé des activités de Londres vers des juridictions européennes offrant l’accès au marché unique sous MiCA.

CBDC et Infrastructure Monétaire

La France dispose d’une avance considérable en matière de CBDC wholesale. La Banque de France a conduit 12 expérimentations entre 2020 et 2024, couvrant le règlement d’obligations tokenisées, les paiements transfrontaliers et l’interopérabilité DLT. Le projet Jura a démontré le règlement PvP EUR/CHF en wCBDC avec la Banque Nationale Suisse. Le projet Mariana a exploré les AMM DeFi appliqués aux CBDC. Le projet Agorá, lancé avec 7 banques centrales et 41 firmes privées, est entré en phase de test en janvier 2026.

La Bank of England étudie un éventuel « Britcoin » retail depuis 2021, mais n’a pas encore conduit d’expérimentations comparables. Le joint committee BoE-HM Treasury a publié des consultations et des rapports, mais le calendrier reste incertain. En matière de CBDC wholesale, la BoE a participé à des projets multilatéraux mais n’a pas développé de plateforme propriétaire équivalente à DL3S.

Implications

Pour les Émetteurs

Les émetteurs d’actifs tokenisés bénéficient en France d’un cadre harmonisé et d’un accès au marché unique de 27 pays. Au Royaume-Uni, ils disposent d’une plus grande flexibilité mais doivent négocier l’accès au marché européen séparément. Pour les émissions en euros, la France offre un avantage décisif avec l’EURCV et l’infrastructure CBDC.

Pour les Investisseurs

Les investisseurs européens bénéficient en France d’un cadre de protection harmonisé sous MiCA, avec des exigences de capital minimum, de ségrégation des actifs et de transparence. Au Royaume-Uni, la protection des investisseurs repose sur le cadre FCA, bien établi mais limité au marché domestique.

Pour la Compétition Européenne

La rivalité Paris-Londres post-Brexit stimule l’innovation des deux côtés de la Manche. La France capitalise sur l’intégration européenne et la rigueur réglementaire, tandis que le Royaume-Uni mise sur la flexibilité et l’écosystème fintech londonien. Les entreprises internationales adoptent souvent une stratégie bi-juridictionnelle, avec une présence en France pour le marché européen et à Londres pour le marché britannique et mondial.

Conclusion

La France et le Royaume-Uni offrent des propositions de valeur distinctes pour la tokenisation. La France bénéficie du passeport européen MiCA, d’une profondeur institutionnelle remarquable et d’une avance en matière de CBDC wholesale. Le Royaume-Uni mise sur la flexibilité post-Brexit, l’écosystème fintech londonien et une approche réglementaire plus pragmatique.

Pour les acteurs de la tokenisation, le choix entre les deux juridictions dépend des objectifs de marché. La France est incontournable pour le marché européen de 450 millions de citoyens ; le Royaume-Uni reste attractif pour le marché mondial anglophone. La compétition entre les deux places, loin d’être un jeu à somme nulle, accélère l’innovation et renforce l’attractivité globale de l’Europe pour la finance numérique.


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