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Projet Mariana : DeFi et CBDC Wholesale

Le projet Mariana de la BRI : convergence DeFi et CBDC wholesale, AMM, bridges, résultats publiés sept. 2023.

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Projet Mariana : DeFi et CBDC Wholesale

Mis à jour mars 2026

Le projet Mariana, dont les résultats ont été publiés le 28 septembre 2023, a exploré avec succès la convergence entre la finance décentralisée (DeFi) et les CBDC wholesale, démontrant que les mécanismes fondamentaux de la DeFi — automated market makers, ponts inter-chaînes, standards de tokens — peuvent être adaptés aux monnaies de banque centrale pour les opérations interbancaires transfrontalières. Ce projet constitue une preuve de concept d’une importance considérable pour l’avenir des infrastructures de paiement internationales.

Partenaires et Objectifs Stratégiques

Les Banques Centrales Participantes

Le projet Mariana réunissait quatre partenaires institutionnels de premier plan : la Banque de France, l’Autorité Monétaire de Singapour (MAS), la Banque Nationale Suisse (BNS), et la BRI via ses centres d’innovation suisse, singapourien et Eurosystème. Cette collaboration trilatérale entre trois banques centrales couvrant trois zones monétaires distinctes — zone euro, dollar singapourien et franc suisse — reflète l’ambition de tester les concepts DeFi dans un environnement réaliste multi-devises.

Trois devises ont été testées sous forme de wCBDC hypothétiques : l’euro, le dollar singapourien et le franc suisse. Le caractère hypothétique de ces wCBDC est important : le projet était purement expérimental et n’impliquait pas l’intention des banques centrales participantes d’émettre des CBDC wholesale ni d’approuver la DeFi pour les systèmes de production. Néanmoins, les conclusions du projet ont alimenté les réflexions sur l’avenir des infrastructures de paiement, notamment au sein de l’Eurosystème.

Les Objectifs du Projet

L’objectif principal était de tester la viabilité des concepts de la finance décentralisée pour les opérations de change au comptant et les règlements transfrontaliers en monnaie de banque centrale. Le projet visait à répondre à plusieurs questions fondamentales : les AMM (Automated Market Makers) peuvent-ils remplacer les carnets d’ordres traditionnels pour les transactions de change interbancaires ? Les ponts (bridges) entre blockchains permettent-ils un transfert sûr et transparent de wCBDC entre juridictions ? Un standard commun de tokens peut-il faciliter l’interopérabilité entre les CBDC de différentes banques centrales ?

Innovations Techniques : Les Trois Piliers

Le Standard Commun de Tokens

Le premier élément technologique clé testé était un standard commun de tokens fourni par une blockchain publique. Ce standard permet de représenter les différentes wCBDC sous un format unifié, facilitant l’échange et l’interopérabilité entre devises et juridictions. L’utilisation d’une blockchain publique comme couche de base pour ce standard est significative : elle démontre que les banques centrales envisagent l’utilisation d’infrastructures publiques pour leurs opérations, même si le contrôle et la gouvernance restent entre les mains des autorités monétaires.

Les Ponts (Bridges) Inter-Chaînes

Le deuxième pilier technologique concernait les ponts (bridges) pour le transfert transparent des wCBDC entre différents réseaux blockchain. Chaque banque centrale participante opérait son propre réseau pour sa wCBDC nationale, et les bridges permettaient le mouvement des tokens entre ces réseaux sans intermédiaire. Cette architecture de réseau de réseaux — où chaque banque centrale maintient la souveraineté sur sa CBDC tout en permettant les transactions transfrontalières — est un modèle d’architecture particulièrement pertinent pour les banques centrales qui souhaitent préserver leur autonomie monétaire.

Les bridges testés dans le projet Mariana préfigurent les solutions d’interopérabilité nécessaires pour le projet Appia et l’European Shared Ledger envisagé après les essais de l’Eurosystème 2024. La Banque de France, avec sa plateforme DL3S, a contribué à l’expertise technique en matière de bridges et d’interopérabilité.

L’Automated Market Maker (AMM)

Le troisième et peut-être le plus innovant des éléments testés était un Automated Market Maker (AMM) pour l’échange décentralisé et le règlement automatique des transactions de change au comptant. Contrairement aux marchés de change traditionnels qui fonctionnent avec un carnet d’ordres centralisé, l’AMM remplace ce mécanisme par un pool de liquidité géré algorithmiquement. Les participants déposent de la liquidité dans le pool (par exemple, des euros numériques et des francs suisses numériques), et le prix de change est déterminé automatiquement par un algorithme en fonction des ratios de liquidité dans le pool.

Cette approche présente plusieurs avantages pour les transactions interbancaires : disponibilité continue 24h/24 et 7j/7 sans dépendance aux heures d’ouverture des marchés, exécution instantanée sans besoin de trouver une contrepartie, tarification transparente déterminée algorithmiquement, et réduction du risque de contrepartie car les transactions sont atomiques.

Résultats et Enseignements

Faisabilité Technique Validée

Les résultats publiés le 28 septembre 2023 démontrent la faisabilité du trading transfrontalier et du règlement en wCBDC entre institutions simulées. Les tests ont confirmé que les AMM peuvent former la base d’une nouvelle génération d’infrastructures de marché financier, en optimisant la liquidité des wCBDC via un pool géré sur une plateforme partagée. La viabilité des concepts DeFi pour les CBDC wholesale a été validée comme preuve de concept.

Implications pour l’Écosystème

Les conclusions du projet Mariana sont significatives pour l’écosystème DeFi français incluant Morpho Labs et Flowdesk. La validation par trois banques centrales de l’utilisation de mécanismes DeFi pour les opérations interbancaires légitime ces concepts et ouvre la voie à une convergence entre DeFi et finance traditionnelle. SG-FORGE a réalisé une transaction DeFi en direct avec MakerDAO (Sky) en 2023, démontrant cette convergence dans la pratique.

Le projet Mariana a également alimenté les réflexions sur l’euro numérique retail et wholesale. La Banque de France, forte de cette expérience, a poursuivi ses travaux avec le projet Pontes et les essais de l’Eurosystème 2024, où la plateforme DL3S a accueilli 40 entités de 9 juridictions pour 19 essais de règlement en wCBDC.

Position dans la Chronologie des Projets CBDC

Après le Projet Jura

Le projet Mariana fait suite au projet Jura, achevé en novembre 2021, qui avait démontré la faisabilité du règlement transfrontalier PvP (Payment versus Payment) et DvP (Delivery versus Payment) en wCBDC EUR/CHF sur la plateforme SDX de SIX Digital Exchange avec la technologie Corda. Là où Jura avait testé l’infrastructure de règlement transfrontalier dans un cadre traditionnel (carnet d’ordres, plateforme centralisée), Mariana a exploré une approche radicalement différente basée sur les concepts DeFi.

Avant le Projet Agorá

Le projet Mariana précède le projet Agorá de la BRI, lancé en avril 2024 avec 7 banques centrales et 41 firmes privées dont BNP Paribas. Agorá explore la tokenisation des paiements transfrontaliers wholesale via un registre unifié multi-devises, intégrant les enseignements des projets Jura et Mariana. Entré en phase de test en janvier 2026, Agorá publiera son rapport final au premier semestre 2026.

Les 12 Expérimentations de la Banque de France

Le projet Mariana s’inscrit dans le programme de 12 expérimentations de CBDC wholesale lancé par la Banque de France en mars 2020. Ce programme a sélectionné 8 candidats sur 40 candidatures reçues et a testé trois modèles : l’interopérabilité entre systèmes DLT et infrastructures conventionnelles, la distribution de CBDC wholesale via des intermédiaires, et l’intégration directe de la CBDC sur la plateforme DLT. L’ensemble du programme a été achevé avec succès.

Les Limites Identifiées

Le projet Mariana est resté purement expérimental. Les banques centrales participantes ont explicitement souligné que les résultats n’impliquent pas l’intention d’émettre des wCBDC ni d’approuver la DeFi pour les systèmes de production. Plusieurs défis pratiques restent à résoudre : la gouvernance des pools de liquidité dans un contexte de banque centrale, la gestion du risque de manipulation des prix sur les AMM, la conformité LCB-FT dans un environnement décentralisé, et la scalabilité des solutions pour les volumes de transactions du marché des changes mondial.

Perspectives : DeFi Institutionnelle et CBDC

Le projet Mariana ouvre la voie à une DeFi institutionnelle qui combine l’efficacité des protocoles décentralisés avec les garanties de conformité exigées par les régulateurs. L’écosystème français est particulièrement bien positionné pour cette convergence : SG-FORGE avec l’EURCV et les obligations tokenisées, Morpho Labs avec le protocole de prêt décentralisé, la Banque de France avec DL3S et la wCBDC, et l’écosystème fintech français de 1 145 entreprises.

Le marché obligataire français de 5 600 milliards d’euros, le marché actions de plus de 3 000 milliards sur Euronext et le marché des stablecoins euro constituent le gisement d’actifs qui bénéficiera de ces innovations en matière de règlement et de liquidité. La Loi PACTE et MiCA fournissent le cadre réglementaire pour cette convergence entre DeFi et finance traditionnelle.


Pour approfondir, consultez nos articles sur le projet Jura, le projet Agorá et l’interopérabilité des blockchains. Contact : info@latokenisation.com

Infrastructure et Projets Institutionnels

La plateforme DL3S (Distributed Ledger for Securities Settlement System) de la Banque de France, blockchain permissionnée propriétaire basée sur R3 Corda puis portée sur des environnements multi-DLT, a traité 1,59 milliard d’euros lors des essais Eurosystème 2024. Le projet Jura, achevé en novembre 2021 avec la BNS et la BRI, a testé le règlement transfrontalier EUR/CHF via la plateforme SDX avec un mécanisme de double notaire sur trois sous-réseaux. Le projet Mariana, publié en septembre 2023 avec les banques centrales de France, Singapour et Suisse, a exploré les AMM DeFi pour l’échange de wCBDC sur blockchain publique.

Le projet Agorá, lancé par la BRI avec 7 banques centrales et 41 firmes privées dont BNP Paribas, explore un registre unifié multi-devises pour les paiements transfrontaliers. Le projet Appia vise un European Shared Ledger intégrant wCBDC, monnaie commerciale tokenisée et instruments financiers tokenisés. La Caisse des Dépôts a émis 100 millions d’euros de DNN via Euroclear D-FMI réglée sur DL3S en novembre 2024. CACEIS a obtenu l’agrément MiCA en juin 2025, offrant la conservation institutionnelle d’actifs numériques sur blockchain publique Ethereum pour les fonds UCITS tokenisés avec Spiko.

Contexte Réglementaire et Données de Marché

L’AMF a enregistré plus de 100 PSAN depuis mars 2020, avec Coinhouse comme premier enregistré (E2020-001). Deux agréments PSAN ont été délivrés : SG-FORGE le 18 juillet 2023 et Deblock en novembre 2024. L’AMF a prononcé 29,4 millions d’euros de sanctions disciplinaires en 2024, un record européen selon l’ESMA, incluant 42 sanctions financières disciplinaires et 9 accords transactionnels administratifs. L’Autorité a fermé 181 sites frauduleux (117 par décision de justice, 64 par injonction) et ouvert 56 nouvelles enquêtes. Plus de 1 500 entités figurent sur les listes noires de l’AMF, et les pertes moyennes des victimes de fraude crypto atteignent 30 000 euros pour un total estimé à 300 millions d’euros.

Le règlement MiCA (UE 2023/1114), pleinement applicable depuis le 30 décembre 2024, a été transposé en droit français par l’ordonnance 2024-936 du 15 octobre 2024. La période transitoire française de 18 mois s’achève le 1er juillet 2026. Six licences CASP MiCA ont été délivrées en France, sur plus de 40 au niveau européen — l’Allemagne menant avec 18 licences, suivie des Pays-Bas (14), de la France (6) et de Malte (6). Les exigences de capital minimum sous MiCA sont de 50 000 EUR pour le conseil, 125 000 EUR pour la conservation et l’échange, et 150 000 EUR pour les plateformes de négociation.

La Banque de France a mené 12 expérimentations de CBDC wholesale via sa plateforme DL3S entre 2020 et 2024, sélectionnant 8 consortiums sur 40 candidatures reçues. Les essais Eurosystème 2024 ont impliqué 40 entités de 9 juridictions. La wCBDC wholesale sera disponible en version initiale fin 2026. Le marché obligataire français totalise 5 600 milliards d’euros d’encours, premier en Europe, avec une dette souveraine de 2 602 milliards d’euros au 31 décembre 2024 et des émissions moyen-long terme de 339,9 milliards d’euros en 2024 à un rendement moyen pondéré de 2,91 pour cent.

Analyse Approfondie des Mécanismes AMM pour les CBDC

Le Fonctionnement du Pool de Liquidité Tripartite

Le pool de liquidité AMM testé dans le projet Mariana intégrait trois wCBDC hypothétiques — euro, dollar singapourien et franc suisse — dans un mécanisme de teneur de marché automatisée inspiré des protocoles DeFi comme Uniswap et Curve. Le fonctionnement du pool reposait sur une courbe de prix algorithmique qui ajustait automatiquement les taux de change en fonction des ratios de liquidité entre les trois devises. Lorsqu’un participant déposait des euros numériques pour acheter des francs suisses, le ratio EUR/CHF dans le pool se modifiait, ajustant le prix de manière transparente et prévisible. Cette approche élimine le besoin de trouver une contrepartie spécifique pour chaque transaction, un avantage considérable pour les marchés de change qui fonctionnent traditionnellement sur la base de carnets d’ordres et de relations de contrepartie bilatérales.

La gestion de la liquidité dans un contexte de banque centrale soulève des questions inédites. Contrairement aux pools DeFi classiques où la liquidité est fournie par des participants cherchant un rendement, le pool de wCBDC du projet Mariana impliquait des banques centrales en tant que fournisseurs de liquidité. Cette configuration exigeait des mécanismes de gouvernance spécifiques : contrôle des volumes maximaux de liquidité, mécanismes de rééquilibrage automatique, protocoles de retrait en cas de conditions de marché anormales, et procédures de résolution des écarts de prix entre le pool AMM et les marchés de change traditionnels.

L’Innovation des Ponts Inter-Chaînes Institutionnels

Les ponts (bridges) testés dans le projet Mariana représentent une avancée significative par rapport aux bridges utilisés dans l’écosystème DeFi retail. Les bridges institutionnels du projet intégraient des mécanismes de vérification multi-signatures impliquant les trois banques centrales participantes, des contrôles de conformité LCB-FT embarqués dans le processus de transfert, et des protocoles de résolution de litiges en cas de défaillance technique. La Banque de France, l’Autorité Monétaire de Singapour et la Banque Nationale Suisse conservaient chacune un droit de veto sur les transferts de wCBDC impliquant leur devise respective, préservant la souveraineté monétaire tout en permettant la fluidité des échanges transfrontaliers.

Le standard commun de tokens fourni par une blockchain publique a joué un rôle de couche d’abstraction, permettant aux trois wCBDC de coexister dans un format unifié malgré des caractéristiques techniques et des cadres réglementaires différents. Cette approche standardisée est particulièrement pertinente pour les projets ultérieurs : le projet Agorá, avec ses 7 banques centrales et 7 devises, doit résoudre un problème de standardisation encore plus complexe que celui de Mariana avec ses trois devises.

Impact sur l’Architecture de la wCBDC Française

Les résultats du projet Mariana ont directement influencé l’évolution de la plateforme DL3S de la Banque de France. L’expérience acquise dans l’utilisation de blockchain publique comme couche de base pour les standards de tokens, dans la conception de bridges sécurisés entre réseaux souverains et dans la gestion de pools de liquidité multi-devises a enrichi les modèles opérationnels testés lors des essais Eurosystème 2024. Les 40 entités de 9 juridictions ayant participé à ces essais ont bénéficié de cette expertise pour les transactions DvP et PvP réalisées sur DL3S, notamment l’émission de 100 millions d’euros de Digitally Native Notes par la Caisse des Dépôts via Euroclear D-FMI et l’obligation numérique de 100 millions d’euros arrangée par BNP Paribas.

Le projet Pontes, qui poursuit les travaux expérimentaux de la Banque de France en préparant la transition vers une wCBDC permanente fin 2026, intègre les principes d’interopérabilité et de standardisation validés par Mariana. L’objectif d’un European Shared Ledger via le projet Appia, qui intégrerait wCBDC, monnaie commerciale tokenisée (comme so|cash du Crédit Agricole) et instruments financiers tokenisés, s’inscrit dans la continuité directe des concepts d’interopérabilité testés dans Mariana à l’échelle de trois juridictions, étendus à l’ensemble de la zone euro.

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